Avenir du journalisme: le malade peut-il se soigner tout seul?

Ce billet fait écho à ma récente participation au Hackathon organisé par la Ville de Genève sur la question de l’avenir du journalisme, #ACTMedia.
Comme j’ai collaboré à la mise en place du portail Journalistory, comme je réfléchis sur les enjeux de financement et de définition du service public, comme je désire continuer de développer un outil d’éditorialisation au service des producteurs de contenus, je m’intéresse de près à l’évolution des médias grâce et à travers le numérique.

J’aimerais condenser dans ce billet l’état actuel de ma réflexion sur la problématique, les enjeux et les opportunités à saisir pour se réapproprier un horizon « médiatique » désirable. Et pas seulement pour les journalistes romands !

En préambule et pour expliciter le titre quelque peu provocateur du billet, je me questionne sur la difficulté d’intégrer dans la recherche de solutions les personnes à qui nous nous adressons, en fait. Pourquoi on continue toujours de fonctionner autant en silos, alors que le numérique est transversal à la société ?
Sortir de la mécanique du top-down et du one to many propre aux médias établis n’est pas chose aisée, malgré les envies réelles de plus de transversalité et les injonctions volontaristes de se mettre plus à l’écoute des besoins de la société.
Comme lecture complémentaire à ce point en particulier, je recommande fortement l’article suivant.

Complicating the Narratives – The Whole Story

By Amanda Ripley / Solutions Journalism Network Last summer, 60 Minutes brought 14 people - half Republicans, half Democrats - to a converted power plant in downtown Grand Rapids, MI. The goal was to encourage Americans to talk - and listen - to those with whom they disagree.

Comme dans le cas d’une maladie, la question est de savoir si l’on traite à la source, en prenant en considération de multiples avis et approches thérapeutiques variées dans une approche plus systémique et profonde, ou alors si l’on soigne en palliatif en suivant l’avis de la médecine établie.
En se disant qu’une maladie peut-être vue comme un avertissement (plus ou moins spectaculaire et dramatique) d’un changement nécessaire. Et donc d’un potentiel renouveau de vitalité…

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Les enjeux de la création artistique digitale

Suite à la publication de mon billet fleuve Lettre ouverte aux subventionneurs de projets digitaux, la revue Cinébulletin m’a demandé de faire une version courte de ce long billet.

Voici le lien vers l’article sur le site de Cinébulletin:

Le web n’est pas une gigantesque photocopieuse – CINEBULLETIN

Le cinéma a eu besoin de plus de vingt ans pour prendre position au firmament des arts nobles, en trouvant l’adéquation parfaite entre le dispositif cinématographique et une puissante promesse narrative grâce à l’art du montage. Durant les folles premières années, les créateur·trice·s ont dû se défaire des réflexes, recettes et modèles hérités de la peinture, de la photographie ou du théâtre.

Ci-dessous la version un tout petit peu adaptée (intertitres) à lire ici.

Et si on se souvenait de l’histoire de naissance du cinéma ?

Le cinéma a eu besoin de plus de 20 ans pour prendre position au firmament des arts nobles, en trouvant l’adéquation parfaite entre le dispositif cinématographique et une puissante promesse narrative grâce à l’art du montage. Durant les premières années assez folles, les créateurs ont dû se défaire des réflexes, recettes et modèles hérités de la peinture, de la photographie ou du théâtre.
D’abord regardé de haut par l’establishment de l’époque, le cinéma est devenu une redoutable machinerie à émotions et à argent.
Aujourd’hui, c’est le cinéma qui regarde avec un certain dédain ou incompréhension les nouvelles expériences d’images en mouvement sur le web.

Il ne s’agit pas juste de changer d’écran(s) en pleurant la diminution de la taille, mais bien de se poser la question de ce que permet ce nouveau médium qu’est l’informatique. De manière complémentaire aux grands écrans des salles de cinéma.
Quelles pourraient être les modalités narratives spécifiques, l’esthétique des mises en relations, les formules de l’interactivité d’une expérience cinématographique d’un nouveau genre ?
Tirant parti de l’informatique, qui est, en simplifiant à l’extrême: du calcul, en réseau…

Qu’est-ce que la création artistique digitale aujourd’hui ?

Il s’agit de projets que l’on qualifie communément d’œuvres transmédia, de nouvelles écritures digitales (avec par exemple de la réalité virtuelle ou augmentée), prenant la forme de projets web immersifs et d’applications mobiles au caractère artistique, d’installations interactives ou de jeux vidéo.
Tous ces projets utilisent des images en mouvement et des mécaniques créatives héritées du cinéma.

La Suisse, pionnière en retard ?

Le support linéaire du cinéma a disparu. La pellicule puis la bande vidéo ont été remplacés par des supports de stockages informatiques, non linéaires. La caméra et le projecteur sont maintenant des ordinateurs avec des yeux, des oreilles et de la lumière qui en sort.
Cependant, au-delà des effets spéciaux, la fabrication d’un film a-t-elle vraiment changé ? Netflix est-il si différent de Hollywood ?

La machine-cinéma moderne permet de réaliser encore plus de films, moins chers, par plus de monde, plus vite et surtout pour un marché planétaire. Le geste créatif se subordonne de plus en plus aux impératifs de l’accès au marché – déjà plus que saturé – en utilisant Internet seulement pour le marketing et la distribution…
Quel gâchis, de prendre le web que comme une gigantesque photocopieuse !

La Suisse, qui a fait partie des pionniers de l’usage créatif des technologies digitales populaires (les années DV), dont l’artisanat en petites structures de productions agiles pourrait être un laboratoire idéal pour tirer parti des nouvelles opportunités liées à ce que l’on appelle communément la digitalisation de la société, est en train de rater le train.

Pourquoi il y a-t-il aussi peu de vocations pour la création artistique digitale originale au sein de la famille du cinéma Suisse ?

Quelques hypothèses

Premièrement, il n’y a pas assez de soutiens financiers institutionnels en adéquation avec les nouvelles opportunités, mais surtout: il n’y a pas assez de complémentarité entre les divers soutiens publics (à travers la coordination des soutiens à la culture, à l’innovation, à la recherche, au développement d’entreprises).

Ensuite, il n’y a pas de recette éprouvée que l’on pourrait répliquer avec un minimum d’assurance de succès (les outils techniques et les modèles créatifs sont en train de se fabriquer).

De plus, il n’y a pas de marché pour les projets artistiques digitaux comparable aux marchés du cinéma, de l’art contemporain ou de la musique (voir la jeune histoire des arts numériques et son incapacité d’exister en dehors d’un volontarisme de courte durée).

Enfin, la vitesse des changements induits par le digital génère méconnaissance, peurs et incompréhensions. La complexité grandissante du monde renforce les réflexes de repli et de protectionnisme.

Comment oser repenser le geste cinématographique en relation avec le monde qui change ?

Les professionnels du cinéma pourraient « sortir la tête du guidon » et prendre le temps de regarder autour d’eux (par exemple en prenant les soucis de la presse comme miroir), de discuter, de tester, d’oser se projeter dans les nouveaux territoires digitaux. De foncer tête baissée dans le prochain dossier de production pour un film qui va tenir la plupart du temps qu’une petite semaine dans les salles est vraiment la seule piste de travail aujourd’hui ?
Pour quelques happy fews, assurément. Pour tous les autres, j’en doute.

On a tendance à chercher des solutions techniques pour continuer de capter l’attention des gens ou à chercher le salut à travers une nouvelle formule magique, comme les séries. Cependant, il me semble que la première chose à faire est de reconsidérer la chaîne de valeur induite par le geste cinématographique, à la lumière du potentiel des outils informatiques dont nous nous servons qu’en surface.
Au-delà de l’objet film (qui a une valeur symbolique forte), quelle est la valeur que l’on amène à la société ?

Pour aller plus loin, voir le billet d’origine:

Lettre ouverte aux subventionneurs de projets digitaux

 

 

Le projet traverse en open source

Depuis que le projet de valorisation du patrimoine Franco-Suisse traverse a été présenté au public il y a une année lors des JEP 2017, nous avons travaillé principalement sur la consolidation du socle technique existant et sur les bonnes pratiques. Principalement à travers des ateliers et des événements comme les JEP 2018, la base de contenus a ainsi pu s’étoffer de nouvelles fiches et playlists, valorisés dans les cadres respectifs.

Le projet ayant été financé avec de l’argent public, il est logique et normal de redonner à la société un maximum de bénéfices de l’opération.

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Sortir la tête du guidon, épisode 2

Le temps de l’été est propice pour regarder plus loin que son horizon habituel, pour laisser mûrir sans pression les pensées, libres de vagabonder hors des sillons du quotidien.
Ce deuxième épisode de ma petite série Sortir la tête du guidon est le fruit d’une digestion lente de quelques pépites glanées sur le web ces derniers mois. Avec le temps de faire résonner les textes entre eux, en relation organique avec mes obsessions.

Dans le premier épisode de la série, il était question de vélo, de montagnes et du temps qui file. Avec au bout de la petite histoire, une panoplie de liens vers des sites inspirants sur les enjeux du numérique, qui donnent courage et envie d’aborder les difficultés du prochain voyage dans les territoires digitaux avec perspective et énergie.

Le numéro deux prend son envol sur la dernière image de ce billet initial: celle de l’ordinateur comme bicyclette de l’esprit, une formule empruntée à Steve Jobs.

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Lettre ouverte aux subventionneurs de projets digitaux

Ce billet sous forme de lettre ouverte s’adresse principalement aux personnes en charge de définir et de mettre en œuvre la politique culturelle de soutien aux projets digitaux à vocation artistique.
Il se propose également d’interpeler les créateurs et entrepreneurs digitaux et se veut accessible pour toute personne intéressée plus largement par la réflexion sur la place et le rôle des collectivités publiques dans le contexte de la « digitalisation de la société », au delà du seul domaine artistique.

J’aimerais:

  • Exprimer pourquoi je tiens à lister les enjeux et les problématiques selon un angle qui me semble encore peu exploré;
  • Partager sur ce chemin quelques expériences personnelles, avec mes conclusions;
  • Exposer quelques pistes de réflexion et d’action pour tenter d’amener ma contribution au développement d’un écosystème dynamique de création de projets digitaux artistiques.

J’espère susciter des réactions et participer à une réflexion commune autour de ces enjeux et problématiques.
Je répond à tous les mails et je suis volontiers disponible pour échanger de vive voix.

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Le contexte de la création vidéo avec smartphone

Vous avez des vidéos à réaliser et à valoriser, des histoires à raconter ou des messages à faire passer à travers des images en mouvement ? Vous vous demandez si vous pouvez profiter de votre smartphone pour y arriver ?

Ce billet va passer en revue les questions suivantes:

  • Quels sont les avantages et les inconvénients de filmer avec son smartphone ?
  • Quelles sont les bonnes pratiques ?
  • Quelles sont les questions importantes à se poser lors de la création de vidéos avec un smartphone ?

En somme, l’objectif de ce billet est de vous donner les informations pour faire les « bons » choix: est-ce que je filme avec mon smartphone et / ou avec une caméra vidéo, et comment est-ce que je peux m’organiser pour amener les vidéos du smartphone le plus efficacement vers les publics ?

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Les nouveaux territoires de la création documentaire

Le monde (et les modes) de la création vidéo documentaire sur le web évolue rapidement: de projets « webdoc » ou « transmedia » nous sommes passés aujourd’hui sur ce que l’on appelle les nouvelles écritures, ou carrément les nouveaux territoires…
Et oui, on passe d’un récit principalement exposé dans le temps à une expérience spatialisée.

Pour s’en rendre compte, l’équipe composée de Cédric Mal, Fanny Belvisi, Nicolas Bole, Xavier de la Vega du blogdocumentaire a fait un travail considérable de rassembler auteurs, projets, idées et concepts dans un livre fleuve de 650 pages.

Pour découvrir cet ouvrage et les pistes qu’ils contient:

[PREVENTE – LIVRE] « Au-delà du webdoc : Les nouveaux territoires de la création documentaire » – Le Blog documentaire

Quatre ans après, on remet le couvert ! Les webcréations ont bien changé depuis notre premier livre … Alors on vous a mitonné un nouveau menu, chargé mais très digeste. Une nouvelle somme pour comprendre et penser ce pan vivifiant de la scène documentaire.

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Workshop vidéo smartphone @SAE, juillet 2018

 

Comment réaliser des vidéos originales et engageantes avec son smartphone ?

Ce workshop vous donne les clés principales pour raconter des histoires inspirantes avec votre smartphone, engager votre audience avec votre proposition de valeur, communiquer de manière vivante, et last but not least, avoir du plaisir en créant des vidéos originales avec votre smartphone !

En bref: workshop de 10 heures, vendredi 6 juillet fin de journée (17h – 20h) et samedi 7 juillet (10h – 17h). Coût: 100.- CHF

Objectif du workshop: apprendre à filmer, éditer et publier des vidéos avec son smartphone. En combinant des informations théoriques et une partie pratique (tournage & montage), ce workshop vous permet de repartir avec les bases nécessaires pour être opérationnel le jour d’après !

Public cible: créatifs, designers, community managers, vidéastes,  journalistes, formateurs, … et toute personne désirant profiter plus à fond des possibilités créatrices de son smartphone.

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Au sujet de la difficulté d’apporter sa contribution à la société, en tant qu’indépendant

J’ai 47 ans et je vis sans doute les plus belles années de ma vie.
La bonne santé, physique et mentale, m’est donnée.
L’expérience, j’en ai de plus en plus à partager.
J’ai une réserve d’énergie créative qui me semble inépuisable, avec l’envie de construire à partir de cette source généreuse des projets pérennes, utiles et inspirants.
J’ai pu choisir la vie que je désire vivre, je me sens à la maison dans mon quotidien, aligné entre mes idéaux et mes actions: j’ai une chance incroyable.

Mais…

Oui, il y a forcément un mais.
Mais, donc: pourquoi est-ce que je n’arrive pas à amener plus complètement, entièrement, pleinement, ce que peux, ce que je veux transmettre aux autres, à la société ?

Pourquoi est-ce que je sens que mon potentiel reste sous utilisé ? Je dirais même: sous exploité ? C’est le comble, alors que je vois la grande majorité de mes ami/es qui plient sous le stress des multiples attentes et pressions…

À l’injustice de la mauvaise répartition des richesses, je rajouterais l’absurdité de l’allocation déséquilibrée des ressources humaines disponibles.

Pourquoi est-ce si difficile, à partir de ma position d’indépendant et d’électron libre, de contribuer aux efforts collectifs de manière plus soutenue, conséquente, concrète, pérenne ? De pouvoir apporter ma pierre à l’édifice, en cherchant à créer une valeur qui dépasse les intérêts strictement personnels ?

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Atelier contenus culturels et smartcity: compte rendu

Comment valoriser ses contenus culturels ou patrimoniaux au sein de la smartcity ?
Comment inviter les usagers de la ville à participer de manière active à la vie de quartier, en profitant des possibilités du numérique et en tirant parti des contenus existants ?
Comment imaginer des nouveaux usages, en créant des liens entre des contenus et des besoins, pour favoriser la conversation participative ?
In fine, comment articuler des contenus institutionnels et commerciaux sélectionnés, de manière à raconter des histoires, générées dans le cadre d’une expérience utilisateur individuelle ?

Voici quelques unes des questions servant de cadre à l’atelier organisé le 13 avril dernier dans le cadre du festival Open Geneva.

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