Le contexte de la création vidéo avec smartphone

Vous avez des vidéos à réaliser et à valoriser, des histoires à raconter ou des messages à faire passer à travers des images en mouvement ? Vous vous demandez si vous pouvez profiter de votre smartphone pour y arriver ?

Ce billet va passer en revue les questions suivantes:

  • Quels sont les avantages et les inconvénients de filmer avec son smartphone ?
  • Quelles sont les bonnes pratiques ?
  • Quelles sont les questions importantes à se poser lors de la création de vidéos avec un smartphone ?

En somme, l’objectif de ce billet est de vous donner les informations pour faire les « bons » choix: est-ce que je filme avec mon smartphone et / ou avec une caméra vidéo, et comment est-ce que je peux m’organiser pour amener les vidéos du smartphone le plus efficacement vers les publics ?

Pour et contre

Les avantages de filmer avec son smartphone:

  • Financiers. Comme on a souvent sur soi un smartphone capable de filmer avec une bonne qualité, il reste à acheter un micro (indispensable, mais peu onéreux), un trépied (pas forcément nécessaire, peu onéreux) et d’utiliser une application dédiée si besoin.
    En faisant un investissement entre 50.- et 200.- CHF ou €, on a un kit de tournage capable de rivaliser avec la plupart des caméscopes grand public et semi professionnels. Voir ce billet pour quelques recommandations d’accessoires bon marché.
  • Flexibilité. Un smartphone tient dans sa poche, ne prend pas de place et reste discret comparé à la plupart des caméras vidéo. En utilisant des accessoires adaptés (trépied de table, Gimbal), il est possible de réaliser des prises de vues originelles, tout en souplesse et au look pro.
  • Vitesse et efficacité. Comme le smartphone est un petit ordinateur (muni d’un œil et de deux oreilles), il est possible de tourner – monter – postproduire – diffuser depuis le même appareil. Techniquement, le résultat est tout à fait correct; néanmoins, il n’est pas possible de maîtriser autant de paramètres que sur un ordinateur. Mais est-ce absolument nécessaire pour toutes les vidéos ?
  • Courbe d’apprentissage rapide. Pour toute personne à l’aise avec les applications sur smartphone, la prise en main d’une application de création vidéo est intuitif et simple; l’usage d’un caméscope nécessite souvent de lire le manuel d’utilisation et de passer par des menus cryptiques.
  • Compatibilité directe avec les « nouvelles » manières de produire et de diffuser des images. Ce point mérite une explication et un développement – voir plus bas.

Les désavantages de filmer avec son smartphone:

  • Perte de maîtrise technique. Comme la grande majorité des composants de la caméra sont gérés par du logiciel, il y a les risques de bug et « l’effet savonnette » de l’usage logiciel. Les applications et le système d’exploitation (Android, iOS) évoluent sans cesse, il faut donc remettre continuellement en jeu ses acquis et retrouver la formule magique de ses réglages personnels.
  • Qualité visuelle. C’est le gros point faible du smartphone: le jeu créatif avec l’optique et la plage de dynamique du contraste est très limité. Ce n’est pas évident – mais pas impossible – de réussir à produire des images avec un look cinématographique (faible profondeur de champs et plage dynamique étendue). Voir cette liste de vidéos pour des exemples.
  • Crédibilité. C’est le côté pile de la flexibilité liée à la petite taille de l’appareil: un client qui paye ne va pas « voir son argent en action » au moment du tournage. Le prestige repassera.

Pour le reste, avec les bons accessoires et les bonnes pratiques, les résultats obtenus rivalisent sans trop de peine avec les appareils de prise de vue dans le segment grand public et semi professionnel.
Il est clair qu’une caméra cinéma digitale bien équipée reste intouchable en terme de résultat esthétique – même si la grande majorité des spectateurs ne verra consciemment pas la différence…

Pour illustrer les points ci dessus, voici un exemple de tournage que j’ai réalisé récemment avec le matériel suivant:

  •  iPhone 8 Plus
  • Samsung S8
  • Panasonic Lumix (appareil photo & vidéo)
  • Enregistreur audio 4 pistes Tascam, avec micro cravatte HF et micro directionnel
  • Osmo Mobile & trépied

C’est important de le mentionner: pour les effets spéciaux (hyperlapse, etc) j’ai utilisé plusieurs logiciels différents lors du tournage, ce qui amène à des différences de rendu esthétique (plus ou moins contrasté, froid / chaud etc), que l’on peut rattraper en postproduction.

Le tournage a duré 3 heures, en incluant deux interviews qui n’ont finalement pas été intégrées dans ce montage, réalisé par un studio en France.
Le résultat n’est clairement pas original, c’est une vidéo de marketing tout ce qu’il y a de plus lisse – mais l’essentiel est ailleurs:

  • Une personne équipée avec du matériel léger peut réaliser en un temps record une variété de prises de vues permettant une souplesse créative au montage.
  • Il est possible de réaliser des prises de vues en mode multicaméra.
  • Ce ne sera sans doute pas le cas de cette vidéo, mais les rushes obtenus avec un investissement très abordable comme pour ce tournage peuvent être réutilisés de manière décentralisée et créative par la suite, pour alimenter un réseau social, une page web etc. Je vais revenir plus loin sur ce point, il est important.

Cet exemple nous amène sur la question suivante: mais quel est l’intérêt, au delà de l’efficacité du tournage, d’utiliser le smartphone si on se retrouve après avec un flux de travail classique sur un ordinateur (lent et cher), avec un résultat somme toute assez banal ?

En d’autre termes: comment s’organiser pour réaliser efficacement la ou les vidéos dont on a besoin, tout en profitant du plein potentiel du smartphone, d’Internet et surtout des contenus que l’on a créé ?

Les bonnes pratiques

Pour bien comprendre les enjeux, j’aimerais articuler ce chapitre en listant les flux de travail de la prise de vue à la publication (les workflows).

Commençons par le flux de travail classique, hérité de la production télévision & cinéma.

On voit bien qu’avec ce flux de travail, qui a l’avantage d’être très simple à comprendre, que:

  • Seulement une petite partie des rushes sont intégrés dans le montage de la vidéo finale; il y a souvent un « rapport de tournage » (ratio entre les minutes enregistrées et les minutes exportées) qui est de 50 pour 1, comme pour l’exemple Roquette ci dessus… Donc, à moins de valoriser à la main certains rushes, le retour sur investissement du tournage est la plupart du temps très faible.
  • La même vidéo exportée doit fonctionner dans plusieurs contextes d’usages différents (en mobilité, au travail, à la maison etc), ce qui n’est souvent pas idéal pour ce que l’on a envie de transmettre, ni pour le spectateur d’ailleurs.

Il devient alors souhaitable d’ajouter des opérations complémentaires à ce flux de travail classique.

Mettre en œuvre, malgré la charge de travail plus importante, le flux de travail optimisé pour le web, en créant des variantes adaptées aux plateformes et usages.

Ce flux de travail a l’avantage de:

  • Valoriser potentiellement plus de rushes, via des variantes spécifiques pour des plateformes particulières (les réseaux sociaux, YouTube, le site web).
  • Pousser à la réalisation de montages plus simples et moins onéreux, parce qu’ils s’adressent à une consommation souvent plus superficielle et immédiate. Une pratique intéressante est de limiter le nombre de questions à traiter par vidéo, en réalisant une « capsule » par question / enjeu. On a donc des vidéos plus faciles à appréhender, et si l’on est intéressé d’en savoir plus, il y a les autres capsules de la série qui répondent à des questions complémentaires. Pour autant qu’elles soient reliées entre elles en dehors de YouTube ou de Facebook (playlist, page web)…

Néanmoins, ce flux de travail a les désavantages suivants:

  • Les résultats disparaissent souvent dans l’avalanche de contenus sur les réseaux sociaux: c’est de la vidéo « jetable »…
  • Il faut avoir une stratégie éditoriale et esthétique solide pour ne pas se perdre dans les variantes au niveau des messages et partir dans tous les sens au niveau de l’identité – c’est donc un effort supplémentaire à faire.

Une fois vos vidéos publiées sur les plateformes où se trouvent les utilisateurs (YouTube et Facebook principalement), se pose la question: comment faire savoir à ses publics potentiels qu’il y a ses vidéos à regarder, pour ne pas se retrouver avec un compteur bloqué à quelques dizaines de vues (ce qui est le cas de la grande majorité de vidéos publiées sur ces plateformes) ?

Pour finir en répondant partiellement à cette dernière question, passons au flux de travail qui est théoriquement le meilleur, car il vise avant tout à valoriser un maximum de vos contenus et de votre expertise dans le temps.

Le flux de travail optimisé pour vos contenus et votre expertise.

Comme on peut le voir immédiatement, la principale différence tient dans le flux de travail qui est cyclique (on pourrait même dire: organique), avec des itérations.

Cette méthode de travail cyclique est héritée des processus agiles du développement logiciel, où la valeur que l’on amène au monde est quelque chose d’évolutif (un outil, un projet), potentiellement participatif. Lire à ce propos mon billet sur les workflows vidéo.

On le perçoit avec ce schéma, cette méthode de travail est la plus complexe à mettre en œuvre. Mais elle promet des meilleurs retours sur investissement sur la durée pour vos contenus vidéos, parce que:

  • vous pouvez valoriser vos archives dans votre proposition de valeur, par le fait qu’une « vieille » vidéo peut amener une plus value dans un contexte d’usage donné. Vous vous focalisez ainsi sur la transmission de votre expertise et pas seulement sur la mise en avant de vos petits derniers.
    Ce point est important: on a tendance à oublier que la valeur d’une vidéo réside finalement plus dans le message que l’on a envie et besoin de faire passer que dans l’objet, qui est le véhicule de cette histoire. Dit autrement: la vidéo n’est pas une finalité en soi, à consommer exclusivement comme un film dans une salle obscure, mais un moyen, parmi d’autres, de raconter quelque chose.
  • vous pouvez focaliser vos efforts sur le fait de « récupérer » votre public depuis les plateformes comme YouTube ou Facebook pour le ramener sur votre propre proposition de valeur (votre site web). Notre plateforme web Kura permet exactement de réaliser cet objectif…
  • chaque vidéo (rushes, archive, vidéo montée) peut exister de manière multiple dans des contextes d’usages spécifiques: l’histoire et le message de chaque vidéo s’interprète par son contexte, qui lui même n’est pas forcément statique (c’est le web !). Imaginez donc le potentiel pour vos vidéos tournées avec le smartphone: il n’y plus forcément besoin de faire un montage, il « suffit » de placer votre vidéo depuis le smartphone dans un contexte existant (une page web, un portail vidéo), et cette courte vidéo, simple et brute, amène immédiatement une valeur complémentaire. Comme une interview, un plan descriptif d’un lieu, d’un produit, d’un objet, peut enrichir une page web.
    En somme, le montage ne se fait plus forcément uniquement dans un logiciel de montage, dans le temps – mais via votre outil de publication web, dans l’espace de votre site web…
  • vous intégrez les usages de votre audience dans les choix stratégiques et narratifs pour la création de nouveaux contenus. Ce ne sont donc pas seulement les statistiques qui peuvent déterminer vos choix, mais aussi l’intégration active de votre audience, sur un mode conversationnel et participatif.
  • si vous interconnectez vos contenus par thèmes, playlists ou catégories, les vidéos se nourrissent et se complètent mutuellement, par « grappes » de contenus reliées les unes aux autres. Cela met en avant votre expertise (structurer les informations et le savoir) et permet de guider et de protéger votre audience tout en lui laissant une liberté de navigation propre au web (on est pas sur un CD-ROM !)

Arrivé à ce stade de la réflexion sur les bonnes pratiques des flux de travail, vous vous demandez, à juste titre: mais où est passé mon smartphone dans cette histoire ?
Effectivement, les outils de production ont disparu du dernier schéma, au profit des personnes (ceux qui créent et ceux qui profitent des contenus créés).

On le voit avec les dernières évolutions des interfaces audio (Alexa, Siri etc), de la réalité virtuelle ou augmentée, ou de l’intelligence artificielle: au final, c’est moins l’appareil qui compte, que l’expérience utilisateur où de multiples équipements électroniques sont utilisés autour d’une architecture logicielle accompagnant l’utilisateur sur le chemin de ses besoins et de ses envies

La morale de cette histoire ?

Le smartphone peut être un excellent outil de remplacement de la caméra vidéo pour créer, monter, diffuser et amener les vidéos rapidement et de manière peu onéreuse vers les publics.
Cependant, l’essentiel, c’est de penser aux usages et l’expérience utilisateur que vous voulez proposer dans un contexte donné, en relation avec vos objectifs.

Remplacez les appareils par votre utilisateur / spectateur / public, qui doit être au centre de votre réflexion, et regardez comment les outils disponibles peuvent graviter autour pour lui amener un maximum de valeur, dans le temps.
Et par ricochet, ancrer et faire sortir votre proposition de valeur de manière plus pérenne dans le tsunami de vidéos qui fait continuellement déborder l’océan de contenus…

Pour aller plus loin

Les nouveaux enjeux du storytelling

Comment faire exister ses vidéos sur Internet ?

La fabrication de projets vidéo en deux schémas

 

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