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Réflexions

Au sujet de la difficulté d’apporter sa contribution à la société, en tant qu’indépendant

J’ai 47 ans et je vis sans doute les plus belles années de ma vie.
La bonne santé, physique et mentale, m’est donnée.
L’expérience, j’en ai de plus en plus à partager.
J’ai une réserve d’énergie créative qui me semble inépuisable, avec l’envie de construire à partir de cette source généreuse des projets pérennes, utiles et inspirants.
J’ai pu choisir la vie que je désire vivre, je me sens à la maison dans mon quotidien, aligné entre mes idéaux et mes actions: j’ai une chance incroyable.

Mais…

Oui, il y a forcément un mais.
Mais, donc: pourquoi est-ce que je n’arrive pas à amener plus complètement, entièrement, pleinement, ce que peux, ce que je veux transmettre aux autres, à la société ?

Pourquoi est-ce que je sens que mon potentiel reste sous utilisé ? Je dirais même: sous exploité ? C’est le comble, alors que je vois la grande majorité de mes ami/es qui plient sous le stress des multiples attentes et pressions…

À l’injustice de la mauvaise répartition des richesses, je rajouterais l’absurdité de l’allocation déséquilibrée des ressources humaines disponibles.

Pourquoi est-ce si difficile, à partir de ma position d’indépendant et d’électron libre, de contribuer aux efforts collectifs de manière plus soutenue, conséquente, concrète, pérenne ? De pouvoir apporter ma pierre à l’édifice, en cherchant à créer une valeur qui dépasse les intérêts strictement personnels ?

Arrivé là, vous vous demandez sans doute: mais qu’est-ce qu’il propose, au final ? Voici:

Prestations

La question principale de ce billet peut se décrire ainsi: comment et jusqu’à où insister auprès de mes multiples interlocuteurs pour qu’ils prennent vraiment au sérieux mes propositions de valeur et mon envie de partager durablement mon expertise ?
Pour ensuite pouvoir démarrer une discussion constructive sur les opportunités et les pistes de développement ?
En se disant que personne ne détient ni la recette magique, ni la capacité de résoudre tout seul un problème.
Rassemblons nos forces, mutualisons, profitons plus des énergies des un/es et des autres…

Pourquoi est-ce aussi difficile d’arriver déjà seulement à ce stade, celui de la prise en considération des bonnes volontés qui aimeraient contribuer à améliorer une situation ?

Et ce n’est pas qu’une question d’argent, ni de temps.

Mais… ce qui serait bien, c’est…

… un peu plus de respect professionnel

Je me sens respecté en tant qu’humain, autant dans les relations amicales que dans le cadre du travail. Je sens que mes interlocutrices et interlocuteurs ont souvent plaisir à échanger avec moi.
Il y a dans le fond, la plupart du temps, une bonne énergie qui circule.

Par contre, je me pose des questions sur ce que l’on pourrait appeler un manque de respect professionnel.

Je souhaite, j’aimerais, que…

  • l’acte de venir avec une proposition réfléchie et construite soit plus respecté. J’ai travaillé pour venir à l’entité contactée, merci de considérer ce travail comme étant déjà une proposition de valeur.
  • mon envie de contribuer à résoudre des problèmes soit mieux pris en considération et valorisé. Pour moi, un problème c’est avant tout une opportunité. De changement. D’amélioration. De retrouver du sens.

Et donc…

  • s’il y a un intérêt partagé et une opportunité commune, que l’on puisse aller de l’avant, dans le concret, avec un projet.
  • si ça ne match pas, alors un simple « non merci » à la place d’un silence intersidéral, c’est aussi du respect.
  • si la réponse à donner n’est pas encore évidente (ni oui, ni non), alors simplement dire, par exemple: on a besoin de temps, on ne sait pas encore.
  • s’il y a une incompréhension, un flou autour de l’échange, alors le dire et demander des clarifications. Plutôt que de tourner court et fermer d’office la porte.

Ce qui semble être une chaîne logique et théoriquement pas si incroyable à mettre en œuvre, est finalement tellement compliqué dans la réalité.

Le pire là dedans, c’est que ça me semble totalement décorrélé de ma valeur intrinsèque. C’est plus en lien avec mon statut d’indépendant, la petite société pas aussi musclée et donc crédible que l’entreprise aux gros comptes.

Je sais ce que je vaut, aussi en comparaison avec d’autres. Je sais aussi que je peux amener un apport sur certaines problématiques, mais pas sur d’autres. Je pense connaître mes limites.

C’est quoi ton film ?

Ce n’est pas parce qu’il a une belle brochette de stars et un budget de marketing imposant, qu’un film est forcément meilleur que celui qui n’a pas cette brochette ou de budget marketing.
On le sait bien, et pourtant…
Et pourtant, on suit les foules.
Et pourtant, on ne prête qu’aux riches.
Et pourtant, on a beaucoup de mal à changer les réflexes et habitudes de son contexte de travail.

Business as usual. Est-ce vraiment ce que l’on désire ? Est-ce ce qu’il faut faire aujourd’hui ?

Est-ce qu’il faut vraiment que je vienne aux rendez-vous en BMW, costard cravate et grosse montre au poignet pour être respecté professionnellement ? C’est mal parti: je n’ai pas le permis…

Cela fait un moment que j’ai besoin d’exprimer ces pensées, pour les partager avec « ceux d’en face » (les interlocuteurs institutionnels et privés, surtout ceux qui n’ont jamais connu les joies et les affres de l’indépendance), mais également avec mes pairs (les autres indépendants et petites sociétés qui se battent avec les mêmes problèmes).

Mon souhait, c’est de susciter une (petite) prise de conscience.
Et ensuite, idéalement, un changement, des améliorations, plus de respect ?

Dis-moi tes obstacles, et je te dirais qui tu es

Comme dans n’importe quel bon film, il faut des problèmes pour que ça devienne intéressant.
Il faut des obstacles et donc du suspens pour garder l’attention d’autrui.
Sauf que, contrairement à un film, les obstacles dans la vraie vie mettent de la lumière sur le mystère hypnotique de la salle obscure. Devoir regarder un film dans ces conditions, où l’on voit tous les « défauts », c’est pas très excitant. La vie, au quotidien, c’est pas très fun.

Il faut donc trouver une manière de rebondir créativement par dessus les obstacles, à défaut de pouvoir les rendre intéressants aux yeux d’un tiers.

Quels sont mes obstacles ?
Je peux en dresser une petite liste non exhaustive:

  • Non réponses. Je dirais que plus de 70% des propositions et demandes de présentation que je fais restent lettre morte. Pas de réponse mail, d’accusé de réception, de rappel par téléphone suite à un message. Néant, rien.
    Je ne vend pas d’aspirateurs à des ménages qui possèdent plein de robots, pourtant. Ou bien je ne suis pas assez clair dans ma proposition de valeur ? C’est possible, assurément. J’ai encore de quoi améliorer ma communication, j’y travaille intensément depuis quelques années.
    Résultat, après des années de non réponses: un dépit, une lassitude, une dévaluation de ma propre valeur. Avec au bout, finalement, un sentiment de non respect. Que faire maintenant avec ce sentiment ? Nous voici au cœur de ce billet…
  • Réponses qui bottent en touche. Après avoir quelque peu insisté (il faut bien se vendre), les 28% qui suivent disent, grosso-modo: c’est intéressant ce que vous proposez, vraiment. On réfléchit, on revient vers vous dans X mois. Y mois plus tard, rien. Parfois un mail qui dit: on réfléchit encore. Et Z années plus tard, on reprend le refrain…
    Après un premier sentiment de valorisation (YES! je vais servir à quelque chose, à quelqu’un), la douche froide, lente, continue. Je me sens respecté, mais comme les signaux sont contradictoires (on a besoin de vous, mais non, on se débrouille, en fait pas vraiment), j’y perds ma compréhension de l’autre. Tout semble alors tellement compliqué… Un problème de riches ?
  • Réponses qui sont positives, mais pas encore constructives: parce que le feu vert dépend de quelqu’un d’autre, du financement, ou d’une dynamique qui finalement échappe à tout le monde. L’espoir fait vivre, c’est juste une question de patience. L’enjeu est principalement d’avoir un bon nombre de réponses positives en attente dans le 2% restant, pour ne pas vivre la même chose qu’avec ces réponses qui bottent en touche. Alors l’espoir cache le respect au chat, ou plutôt: permet à l’autruche de garder sa tête dans le sable.

Bon, j’ai quand même réalisé quelques projets, et non des moindres, des projets chouettes dont je suis fier. Quelques uns sont encore en cours, avec une vie que j’espère longue et riche en développements futurs.
Check ma page Portfolio:

Portfolio de projets

Cette répartition du « tunnel d’acquisition » est finalement assez classique, il faut ratisser large, insister et ne pas lâcher le morceau pour avoir quelques clients potentiels au bout. Cette réalité, je la partage avec beaucoup, beaucoup de monde.

Mon soucis n’est pas tant que le « ratio de conversion » est si faible (de l’ordre de 2%), c’est plus la manière dont se passe la grande majorité des (non) échanges humains qui me coûte. Et je suspecte que le prix à payer pour ces mauvaises pratiques (parce qu’au final, autant appeler un chat un chat) n’est pas que pour ma pomme: les personnes qui pratiquent ce sport en feront aussi les frais, à un moment où à un autre.
J’entends souvent l’excuse « désolé, pas eu le temps » ou « oups, le message s’est perdu dans ma in-box ». C’est des choses qui arrivent, à tout le monde. Mais avec une telle insistance, persistance, masse ?

Franchement, je ne crois pas au fait de ne pas avoir de temps. On choisit le fait d’avoir ou de ne pas avoir de temps, de prendre le temps, ou pas. Ou de prendre le temps de ne pas avoir le temps… On exprime indirectement ses priorités avec cette excuse.
Aussi, pour éviter les messages qui se perdent, on apprend avec le temps (!) à s’organiser, à améliorer sa propre logistique – ou bien ?

Au sujet du manque de temps, je glisse un petit texte, si vous avez un peu de temps 😉

Sortir la tête du guidon, épisode 1

Autant pour moi: je ne veux brusquer personne

Maintenant que j’ai pu coucher noir sur blanc ce que je ressens face à ce peu de considération de mes propositions et le relationnel humain qui boite, j’aimerais faire deux choses, pour terminer ce billet sur une dynamique constructive pour toutes les parties prenantes.

J’aimerais:

  • Clarifier les chantiers sur lesquels je travaille pour contribuer à sortir de cette situation.
  • Glisser quelques idées et propositions pour mes interlocuteurs.

Pour moi, ce billet est important et délicat.

Important, parce qu’il traite des sentiments et des émotions qui sont à la racine de mon quotidien. Il est difficile, et sans doute pas très sain sur le long terme, de ne montrer que la carrosserie luisante et de faire vrombir le moteur plus fort que celui du voisin pour tenter d’accéder à l’attention de l’autre. L’attention, une denrée si précieuse

Délicat, parce que j’aimerais brusquer et froisser personne, à travers ces lignes généralisantes. Chaque relation est unique, et les échanges sont comme des pas de danse. Personne a envie de piétiner l’autre, dans le fond. Mais, dans le tumulte et la fournaise des échanges qui s’additionnent sans fin, les petits pieds des indépendants méritent mieux…

Planter des graines, encore et toujours

Comme dans toute relation, il faut commencer à cultiver et entretenir son propre jardin avant de vouloir rendre la haie du voisin plus jolie. Et qui a envie de venir prendre du temps dans une friche peu accueillante ?

Voici mes chantiers principaux.

Communiquer est un art.
Bienvenue, vous êtes ici dans mon jardin: il s’agit de mon site web, que je soigne de plus en plus depuis 2015. Voici son histoire.
Je sais que j’ai tendance à trop arroser… Trop de mots, trop d’explications, trop de détails. Alors parfois certaines graines ont du mal à pousser, parce qu’il y a trop. Je suis en train d’apprendre à en faire moins. Ce n’est malheureusement pas encore le cas de ce billet… Qui n’est pas hors sol pour autant.
À l’inverse, je ne m’occupe pas assez de ce qui pousse. Il faudrait tailler, préciser, enjoliver, simplifier. Ce n’est pas si compliqué finalement: il faut simplement bien connaître les contraintes et s’adapter à la réalité de chaque chose qui pousse.
En somme: redoubler d’efforts pour dire mieux avec moins.

Apporter de plus-values et faire passeur d’expertise.
Avant de proposer ou de demander, il faut offrir. Offrir sans attente de contrepartie, sans pression. Alors j’organise des ateliers, je rédige des tutoriels, je formalise une réflexion sur la vidéo & le web. Tout ça est bien nourrissant intellectuellement, mais reste trop théorique. Il faudrait que je trouve une manière de basculer toutes ces informations et pensées dans le concret, de manière pérenne.
Via plus d’ateliers, de workshops ? J’adorerais, si en plus ces activités débouchent ensuite sur des vrais projets.

Pointer les besoins, avec patience; démontrer les opportunités, avec assurance.
Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de demande qu’il n’y a pas de besoin. Avec mes propositions, mes interlocuteurs sont souvent pris de court: je leur propose une nouvelle valeur, à un endroit et d’une manière qu’ils n’avaient souvent pas encore considéré. Il faut surtout que je fasse attention à la manière: ne pas montrer le problème trop fort, mais insister sur l’opportunité, les économies et les gains. Puis accompagner en douceur les étapes suivantes: rassurer les peurs liées aux changements; clarifier les besoins en ressources humaines et financières; démontrer les retours sur investissements; et finalement savoir être patient…

Il faut de la pluie et du soleil pour que ça pousse

Les graines sont plantées dans le sol, des pousses prometteuses sortent de terre, de manière cyclique. Pour devenir de belles plantes, elles ont besoin de pluie et de soleil.

Quelle est ma pluie, où est mon soleil ?
Voici quelques éléments de la mécanique de l’écosystème dans lequel j’essaye de faire éclore mes graines.

Le problème de temps.
Il n’y a clairement pas le temps de tout faire, il faut mettre des priorités. Cependant, pour mettre des priorités dans la gestion de son temps, il faut prendre du temps. Tant que l’on a pas bien calé cette étape, on reste prisonnier d’un cercle vicieux. Et ce n’est pas une bonne fois pour toute que l’on règle cette question: il faut l’ajuster continuellement…
Là où c’est délicat, c’est que très souvent on se trouve sous le diktat d’un supérieur, qui ne prend pas le temps de bien gérer son propre temps. Et lui même, idem. Comment sortir de cette auberge ? Ce que je vois de l’extérieur, c’est que je ne pourrais collaborer durablement avec une entité qu’à partir du moment où le management a pris des mesures concrètes pour éviter que les responsables ou collaborateurs stressés, n’ayant chroniquement jamais le temps, ne deviennent contreproductifs pour la structure, pour la société.

Le décalage entre les calendriers.
Une institution culturelle a un autre calendrier qu’une entreprise ou un indépendant, c’est une réalité. Je ne peux pas m’attendre à ce qu’une institution adapte son agenda au mien, c’est sûr. J’accepte que le délai d’une réponse puisse prendre des mois, voir des années.
Ma proposition, c’est de prendre comme référence principale le calendrier du destinataire final. Ou dit autrement: le degré d’urgence des besoins de son utilisateur / spectateur. Si l’on est bien honnête, c’est bien à cette personne externe que l’on s’adresse, et pas à la mécanique de fonctionnement de son entité… non ?
L’enjeu, après, c’est d’accorder le calendrier de son entité à ceux que l’on sert. Selon la taille de l’entité, ça peut être mission impossible. Qui va alors en payer l’addition ? Lire à ce propos mon billet sur Billag.
Cette question soulève directement une interrogation qui peut faire mal: est-ce que la personne à qui je suis sensé m’adresser a un besoin plus ou moins formulé de recevoir mon apport ? Ou est-ce que je m’emploie avant tout à essayer de garantir la survie de ma propre entité ?
Bien sûr, je peux poser cette question aussi à moi même… Aie, j’ai mis le doigt sur un des nœuds de mon propre problème. Je vais y revenir prochainement, pour essayer de comprendre pourquoi je crois que mes propositions sont fondées, même s’il y a n’y a pas (encore) de marché, de demandes (clairement) formulées et des développements (fermement) inscrits dans des budgets.
Il y aurait encore beaucoup à dire à ce sujet, surtout si l’on considère les propositions qui « ne servent à rien », comme l’essentiel de la production culturelle. Pour bien me faire comprendre: un film ne sert à rien, comparé à une montre qui donne l’heure. Mais il est hautement indispensable à la qualité de vie, à partir du moment où il arrive à toucher au cœur son public, qu’il a pu trouver et rencontrer sur une place publique.

La question difficile de l’argent.
Nerf de la guerre, l’argent peut malheureusement devenir une belle source de malentendus. Personnellement, l’argent est pour moi bien moins important que ce qu’il permet de réaliser, la dynamique qu’il initie, le potentiel qu’il débloque.
Si j’ai choisi de devenir indépendant, c’est que j’ai beaucoup, beaucoup de peine à me dire que l’on grille des sous pour une case à cocher. Projet fait, cahier de charges réalisé, on passe au prochain.
Contrairement à un bon nombre de personnes salariées, je ne peux toucher de l’argent que si je peux démontrer l’utilité de mon travail, dans le temps. Si le projet réalisé ne sert à rien, ne trouve pas son public, je suis bloqué.
Le soucis, c’est que l’on a trop souvent des attentes qui focalisent sur le court terme: s’il n’y a pas de résultats directs et immédiats, on jette le bébé avec l’eau du bain. Quel gâchis.
J’ai donc plus intérêt, pour ma survie dans le moyen / long terme, de m’assurer que le projet sur lequel je collabore se donne les moyens d’être véritablement utile, dans le temps, plutôt que de prendre l’argent et courir.
Tout ça pour dire que oui, mon travail mérite une juste rétribution financière, mais je vais surtout m’obséder sur l’enjeu de la pérennisation des efforts collectifs.

Attention de ne pas scier la branche…

Les lecteurs analytiques, vous avez peut-être compris à travers ces dernières lignes une des raisons pourquoi j’ai tant de peine à passer le cap auprès de mes clients potentiels. Oui ?
Je pose trop de questions… trop de questions qui peuvent déranger, secouer « l’ordre établi », la mécanique habituelle.

Ce qui est un problème pour certains, est en même temps, je pense, mon apport de valeur principal.

Je ne veux pas prendre l’argent et courir: je voudrais tellement apporter une valeur qui dure, qui se développe, qui grandit.

Un rêve ?

Est-ce que ce billet vous a donné envie de rebondir ?

Si oui, je suis curieux d’avoir votre avis ou votre commentaire, ci dessous, ou par mail.

 

 


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