Une page s’est tournée

En fait, c’est plus qu’une page: un chapitre s’est terminé en ce début d’année 2015.
Un chapitre qui « pèse » bien 15 ans…
Après avoir arrêté en 2013, avec un grand ouf de soulagement, de proposer des prestations dans le domaine de la postproduction (étalonnage, compression vidéo etc), j’ai quitté la société C-Side Productions que j’ai co-fondé sur les bases de plusieurs associations.

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Ce changement n’est pas arrivé du jour au lendemain: le fait de démarrer le projet de recherche Walking the Edit en 2008, puis de fonder Memoways en 2011 a initié une dynamique qui m’a fait découvrir de nouveaux horizons.
Malgré le long processus de 7 ans, j’ai su très tôt que c’est bien sur les territoires encore peu explorés des « nouvelles écritures » que je voulais aller.

Un petit flash-back pour esquisser un bout de la route.

En 1998, j’ai rejoint l’équipe de Perceuse Productions, principalement active dans la production de spectacles de danse et la location de matériel scénique. À l’époque, je faisais beaucoup de captations de spectacle et de collaborations avec les arts de la scène: ce partenariat s’est donc fait très naturellement.
Nous avons investi rapidement dans les premières caméra DV et dans un ordinateur capable de faire du montage en FireWire. Avant l’arrivée de Final Cut Pro, c’était très rudimentaire mais le workflow tout numérique était à portée de main (et par ricochet des bourses de nos clients).
Ces années où j’ai pas mal « baigné » dans les arts de la scène m’ont fait prendre conscience de l’importance de la scène: l’espace de présentation, d’interactions, de partage… en presque opposition à la ligne de temps du cinéma, qui gomme l’espace réel, immédiat, au profit d’une expérience temporelle linéaire et non évolutive (qui peut se répéter identiquement à l’infini).

De mandat en mandat, nous avons constamment développé notre offre de tournage et de postproduction, tout en développant nos propres projets de films. Orienté films d’auteur documentaire, nous avons produit ou co-produit plusieurs long-métrages (comme par exemple « L’image à Paroles« ) avant de changer de nom: Perceuse Productions est devenu, courant 2005, C-Side Productions.
Ces années ont été très précieuses pour ce qui est de l’expérience collective: il y a eu beaucoup de mouvements (personnes qui viennent, repartent, nouvelles personnes etc), de recherche de formule et d’efforts portés à ce qu’un collectif d’indépendants puisse voir le jour.
Malgré le fait que l’idéal visé est resté utopie, ces années là ont posé le terreau sur lequel je peux continuer à développer des collaborations aujourd’hui.

C’est au milieu des années 2000 que la post production et en particulier l’étalonnage est devenu abordable pour les prestataires de service vidéo comme nous: pour un peu moins de 20K, il était possible de monter une station d’étalonnage sérieuse. Entre 2004 et 2012, j’ai pu ainsi étalonner une bonne centaine de films, entre des courts-métrages d’étudiant jusqu’à des long-métrages de réalisateurs ou réalisatrices connus.
Même si à des moments (et avec le recul) je me suis parfois senti  faire du brushing de pixels (un coup de maquillage sur ces pixels un peu trop pâles, une permanente sur ce plan là et un peu de grain sur la peau du film avant de le mettre au four s’il vous plaît). La technique a, malheureusement, souvent pris le dessus – les efforts portés pour « accoucher » d’un film ont souvent masqué les questions plus importantes.
Je me suis pas mal battu, sans succès, pour faire du moment de l’étalonnage un moment « connecté » au processus global du film. D’être plus partie prenante, tester et réfléchir de concert avec l’équipe du film sur les choix de matériel, les choix esthétiques, la « formule » de la mise à disposition publique du film…
Pour rester au final le pompier qui doit réparer la casse et le coiffeur qui doit enjoliver la bobine. Mais de jouer au pompier et prendre la pose du coiffeur (qui sur le chemin a passablement perdu de cheveux…) a tout de même procuré du plaisir, des montées d’adrénaline, du chaud-froid et surtout quelques belles rencontres humaines.

Maintenant, j’ai troqué les pixels contre des métadonnées – des mots à la place d’informations binaires.
Chaque mot est un choix éditorial, artistique, politique. Et chaque mot peut être relié à un autre mot, qui lui même est relié à des images… et ainsi former des chaines dynamiques de vidéos, ayant un ou plusieurs dénominateurs communs. (entre (): ce lien renvoie sur notre dernier prototype de player vidéo interactif, où les mots sont d’importance capitale…)
Les mots que nous utilisons pour communiquer entre les humains.
Les mots que nous utilisons pour faire fonctionner les machines que l’on appelle ordinateur.
Que l’ordinateur nous présente pour nous permettre d’entrer en relation avec ce monde des données, qui nous semble si virtuel et peu réel.

Le jour où cet ordinateur bridé que l’on appelle caméra pourra aussi être « piloté » avec des mots, où les contenus créés par cette caméra cet ordinateur avec un oeil entreront directement en relation avec des mots qui préexistent, je serais un homme (très) heureux.

C’est donc avec grande envie que je regarde sur ces territoires encore si peu explorés des « nouvelles écritures », où beaucoup reste à faire.
Mais autrement qu’en répliquant la mécanique de l’ancien monde et avec la grande chance d’écrire sur l’espace avec du temps…

Voici en résumé le chemin parcouru via une présentation « interactive », qui spatialise quelque peu ce chemin:

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