Archives fluides: le programme

A moins d’une semaine de la tenue de notre laboratoire « Archives fluides » dans le cadre de Eternal Tour, voici le programme prévisionnel.

Le laboratoire est ouvert au public – toute personne intéressée à y participer de manière active ou passive est la bienvenue.


Les participants confirmés:
Pascal Amphoux, Donatella Bernardi, Ulrich Fischer, Frédéric Kaplan, Enrico Natale, Nicolas Goulard, Mehdi Fertani, Hélène de Ribeaupierre
Mardi 12 – journée de présentation de projets en lien avec les questions du laboratoire (voir ci dessous et suivre ce lien pour les détails)
Accueil dès 9h15
Début à 9h45
9h45 – 10h Introduction des 3 jours de laboratoire, présentation rapide des participants
10h – 10h30 Présentation de Enrico Natale et Mehdi Fertani « Rousseau 2012 »
10h30 – 11h Discussion
11h15 – 11h45 Présentation de Pascal Amphoux
11h45 – 12h15 Discussion
12h15 – 13h30 Déjeuner / repas de midi
13h30 – 14h Présentation de Frédéric Kaplan « Les métamorphoses de la valeur »
14h – 14h30 Discussion
14h30 – 15h Présentation de Ulrich Fischer « Outils de création et valeur d’usage »
15h – 15h30 Discussion
Pause
16h – 16h30 Présentation de Donatella Bernardi
16h30 – 17h Discussion
17h – 17h30 Synthèse de la journée
Mercredi 13 – journée de travail en petits groupes
Accueil dès 9h15
Début à 9h30
9h30 – 10h Mise en place des groupes de travail en fonction des questions à traiter (faire des petits groupes de 2 à 3 personnes autour d’une question spécifique)
10h – 12h30 Travail en groupe
12h30 – 14h Déjeuner / repas de midi
14h – 17h Travail en groupe
17h – 17h30 Synthèse de la journée
Jeudi 14 – journée de travail en petits groupes, synthèse et conclusions provisoires
Accueil dès 9h15
Début à 9h30
9h30 – 10h Mise en place des groupes de travail en fonction des questions à traiter (faire des petits groupes de 2 à 3 personnes autour d’une question spécifique)
10h – 12h30 Travail en groupe
12h30 – 14h Déjeuner / repas de midi
14h – 16h Travail en groupe
16h – 17h30 Synthèse et conclusions provisoires

Pour donner un cadre de travail à ce laboratoire, voici quelques réflexions en préambule.

La matière (le point de départ et le point d’arrivée): la ville, l’archive, les objets d’art, …
La matérialisation est la condition nécessaire à la préhension et donc à l’appropriation; mais cette matérialisation n’est qu’un état passager dans un cycle de vie fini. Ce qui est potentiellement infini (éternel ?) n’est pas tant l’objet matérialisé que la traduction souple et non prédictive d’une forme à une autre (via une formule de traduction), en passant également (de plus en plus) par une forme dématérialisée (ou virtuelle).
C’est cette dématérialisation que nous pouvons questionner aujourd’hui de manière très concrète: les outils numériques traduisent un enregistrement du réel (une « tranche » de matière qui est dématérialisée via une sérialisation de données) en des vues calculées et potentiellement infinies. Il est donc possible de se concentrer non plus seulement sur la multiplication d’objets réels (faire tourner la photocopieuse ou le moule – la question de la reproductibilité) mais sur les variations d’états et de vues à partir de cette « tranche » de matière (liens, sampling et mashup – la question de la combinatoire).
Questionner le besoin de matérialiser la création humaine: les idées, émotions et imaginaires circulent de manière indomptable (malgré les tentatives de cadrage); pourquoi ne pas considérer aussi ces flux en tant que tels plutôt que de se concentrer presque qu’exclusivement sur leur matérialisation momentanée ? Comme l’eau, ce flux peut prendre plusieurs états (gelé, liquide et vaporeux) et l’on peut se poser la question de la bonne température pour que le flux puisse transmettre son message…
La matérialité du territoire comme théâtre de l’archive visible et tangible (les réalisations humaines) mais également comme scène pour une mémoire immatérielle: nos souvenirs, notre imaginaire, nos données numériques…
La matière (est la) première (valeur): qu’en est-il si l’on cherche à transposer la valeur de notre premier monde (le tangible, le matériel) dans le deuxième monde (l’intangible, l’immatériel) ? Est-ce que la valeur est forcément liée à la matière première ? Ou est-ce que la valeur ne se déplace-t-elle pas vers une valeur immatérielle aussi, qui serait celle de l’usage ?
L’échelle de la valeur liée à l’abondance (ou la rareté) de la matière est également intéressante à questionner en regard de la valeur liée à l’usage: cette valeur se calcule non pas sur une échelle quantifiable (audimat, box office, nombre de tirages etc) mais sur une échelle intime et personnelle de l’utilisateur (une expérience qualifiable).
Le parcours, le cheminement, la dérive est l’une de ces formules simples de création de flux, où un organisme (le corps humain) coule, ruisselle et se répand dans un autre organisme (le corps urbain). L’usage de la ville: user du territoire pour en extraire non pas seulement une somme de visible (les « tranches » de matière), mais une expérience non réductible en quantité calculable, car l’expérience en tant que telle est flux et ne peut se matérialiser que lors de sa traduction et transformation dans une autre état (pour reprendre l’analogie avec les transformations de l’eau).
Mais le flux se frotte à la matière, forcément, et laisse des traces: traces matérielles, immatérielles, qui à leur tour (traduction à nouveau) permettent de fixer des conditions d’une nouvelle action.

 

L’action (ce qui se tend entre le point de départ et le point d’arrivée). Le parcours, l’usage, la mise en liens, …

L’action d’écrire (sur) le territoire: le territoire comme support de mémoire, où il n’y a d’archive (classée et figée) qu’à partir du moment où on ne peut plus écrire, mais seulement lire. La territorialisation de la mémoire est l’une des conditions à sa matérialisation – mais sans usage (lecture / écriture) de cette mémoire territorialisée, il n’y a pas de matérialisation à l’échelle du contexte d’un « user » (un spectateur – utilisateur).
La question de l’accessibilité à la mémoire est primordiale pour toute action: une action sans mémoire de son origine (de son état matériel ou immatériel) est condamnée à errer dans un espace dé-contextualisé et dé-territorialisé.
Mais comment faire pour garder une dynamique d’action dans un monde qui d’un côté surproduit de la mémoire (on a jamais autant produit et stocké qu’aujourd’hui) et de l’autre qui restreint l’usage de cette mémoire avec des procédures d’accès qui sont optimisées pour garantir une valeur matérielle (même à partir d’une valeur immatérielle) pour des personnes bien placées (bien stockées) ?.
Une réponse serait sans doute dans la constitution d’un territoire – mémoire ouvert (du « open memory »), qui se calque sur l’urbanisme de nos villes cosmopolites modernes (avec ses avantages et ses inconvénients). La Ville Mémoire d’aujourd’hui ressemble encore fortement à nos villes moyen âgeuses, où il fallait passer par un pont levis pour accéder à la ville: ce pont levis et les procédures d’entrée / sortie sont encore artificiellement sous le contrôle d’autorités bien définies (les auteurs, producteurs, ayants droits, sociétés de distribution, investisseurs etc). Qu’en serait-il s’il pouvait y avoir autant de portes d’accès qu’il y a d’usages ? Que l’action « d’user » de la part d’un utilisateur soit conditionné par les modalités d’interaction (recevoir / donner), son contexte (espace, temps, connaissances, exigence etc) et finalement son intérêt à exercer une action sur de la matière…
L’importance de l’échelle, ici aussi: questionner la granularité des cycles de lecture / écriture. Ce n’est pas la même chose de lire / écrire un film dans son ensemble ou d’avoir un accès lecture / écriture sur le rush original.
Mettre de côté la notion des dimensions temporelles (le passé, le présent et le futur ) et convier la notion d’usage (trier l’existant, qu’il provienne d’un passé profond ou proche, en rapport avant tout avec notre activité présente).

 

Le tour (le résultat d’une action qui a dépassé son point d’arrivée). Le cycle, la transformation, la traduction, …

Le tour n’est pas forcément autour (regardez, mais ne touchez pas); le tour n’est pas forcément préécrit (suivez le guide); le tour n’est pas forcément un éternel recommencement (bouclé sur lui même).
Le tour peut être aussi: avoir plus d’un tour dans son sac (ou la magie de la transformation); tour et retour (ou l’importance de ne pas seulement devoir aller de l’avant); au tour du lieu de contenir la mémoire (ou comment aborder la mémoire sous l’angle de l’espace et non plus seulement du temps). Il y a aussi le détour: le chemin le plus direct n’est pas forcément le plus intéressant…
Ca tourne: cette image venant du cinéma est trompeuse. Aujourd’hui on ne tourne plus, on écrit lorsque l’on filme. On écrit des données qui sont, à ce stade, totalement déconnectées d’un quelconque fil(m) d’ariane. Solitaires, absolues, uniques – simplement des briques, les unes à côté des autres. Des fichiers les uns à côté des autres selon un ordre de tri opérable en soft (souple donc), alors que les tournages traditionnels (pellicule et vidéo sur bande) « classent » les images selon une logique temporelle en hard (figée donc). D’une dépendance absolue au temps écrit, il est possible de passer aujourd’hui par d’autres portes, multiples, non exclusives, singulières et parfois surprenantes: ces portes sont intitulées « métadonnées » (données sur les données). Utilisons donc les métadonnées pour faire « tourner » les données… Utilisons encore ces métadonnées pour esquisser l’urbanisme cosmopolite d’une Ville – Mémoire qui fonctionne selon des modalités d’usages vivantes et multiples et non plus selon une structuration liée à une manière unique de partager la matière.

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