Les nouveaux enjeux du storytelling

Quels sont les enjeux auxquels font face les producteurs de contenus contemporains, interprétés via les usages du grand public et la tendance vers le tout numérique ?

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On connait les besoins qui ont prévalu jusqu’à aujourd’hui, et on a des schémas et recettes pour y répondre.

Mais il y a des « nouveaux » besoins et usages qui apparaissent, nécessitant un renouvellement des modèles et manières de réfléchir.

On peut faire comme si de rien était et se retrouver comme au temps du début du cinéma, où le théâtre et la peinture snobait cette nouvelle manière de raconter les histoires avec des images en mouvement, du fait de son caractère technologique et facilement reproductible.
Mais on peut également tirer les leçons de l’histoire en se disant que tout art va forcément évoluer en suivant les développement des outils qui servent à produire ses artefacts.

Ce qui est inéluctable au niveau des outils n’est pas forcément une évidence lorsque l’on cherche la bonne adéquation entre les possibilités de l’outil et la « justesse » de l’artefact.
Le cinéma a mis plus de 20 ans pour trouver sa propre grammaire et se développer pour devenir le 7ième art que l’on connaît aujourd’hui.

Voici une liste des enjeux que devraient adresser les producteurs de contenus:

Valoriser ses contenus (archives, contenus actuels):

  • via du storytelling élargi (dans le temps + multiplicité de plateformes). Du monomedia au transmedia
  • via une complémentarité entre les types de présentations (film, making of, série web, jeu, application, …). De l’objet au projet; de l’usage unique et spécifique à des usages variés et hautement individualisables

Acquérir de nouveaux publics:

  • via les nouveaux écrans, nouveaux usages (second screen, terminaux mobiles). De la valeur liée au contenu à la valeur liée au service (content inside)
  • via un nouvelle relation, un nouveau « pacte ». D’une relation contractuelle basée sur l’achat (possession) à une relation basée sur l’abonnement, la souscription (l’usage); d’une relation cadrée et maitrisée autour d’une oeuvre unique (livre, disque, film) à une relation ouverte et évolutive autour d’une oeuvre hybride (transmedia, multimedia etc)

Engager le public:

  • via une interaction personnalisée, relation individualisée (appropriation, devenir actif). Du « one to many » au « one to one »
  • via une place plus valorisante (devenir partie prenante). Une place potentielle de Co- : co-auteur, co-réalisateur

Innover (fond / forme / fonction):

  • ne plus seulement augmenter l’existant (innovation par le changement d’échelle), mais recombiner l’émergent (innovation par des interactions agiles, au quotidien)
  • se démarquer de la concurrence, surprendre: faire figure de pionnier, défricher de nouveaux territoires, ne pas avoir peur d’une prise de risque…

Pérenniser ses investissements:

  • via une organisation et logistique utilisant au mieux les outils actuels (penser moyen / long terme). De cycles prédéfinis (limites d’exploitations très précises dans le temps et l’espace) à une dynamique agile et souple dans le temps long (petites itérations rapides, flux)
  • via un pari sur l’usage: créer un évènement, une communauté, une dynamique, puis développer (un nouveau modèle économique) à partir de l’usage

Last but not least, toucher (émotionnellement, intellectuellement):

  • laisser une trace émotionnelle via la justesse des contenus, intellectuelle via la subtilité des propos. D’une communication de surface à une interaction en profondeur et l’importance de la qualité éditoriale des contenus (la qualité reste plus importante que la quantité)
  • se rapprocher du public en « éliminant » les intermédiaires. Utiliser les réseaux sociaux et plateformes de partage pour se rapprocher du public; pas seulement parler / écrire mais aussi lire / écouter  / interagir

 

Ces usages actuels indiqués comme exemples sont en soi déjà une première esquisse de réponse par rapport à ces besoins. La plupart de ces besoins ne sont pas nouveaux mais prennent plus d’importance aujourd’hui.

 

 

Quels sont les besoins potentiels et futurs, imaginables sur base d’une interprétation des usages actuels se développant sur internet ?

Après les besoins plus « terre à terre », voici un peu de « wishful thinking »: en ajoutant les besoins qui suivent aux précédents, on pourrait presque dire qu’une utopie se réalise…

Connecter (agréger, lier, ouvrir)

  • via un nouveau modèle économique. D’une économie basée sur la rareté et la maîtrise totale (top-down, figé) à une économie basée sur l’abondance et le partage du pouvoir (horizontal, fluide)
  • via des connecteurs logiciels (API’s, embed code, SDK etc). D’une logique de rétention (données et usages captifs) à une logique d’ouverture (données et usages évolutifs), d’une pensée « seul contre tous » à une attitude « pas sans les autres »
Partager (le savoir, le pouvoir)
  • via une reconsidération des autorités. Réévaluer la prédominance des spécialistes « labelisés » (avec papier universitaire) face aux amateurs et usagers qui détiennent une pratique et un savoir acquis de manière indépendante (bottom-up et non seulement top-down)
  • via une valorisation du partage. Ne pas garder pour soi (chasse gardée, les copyrights) mais voir que le partage crée une valeur bien plus importante pour tout le monde; la valorisation n’est pas nécessairement financière, mais peut aussi passer par une considération horizontale (liée aux usages) de la production…

 

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