Projet vidéo en 360° « Fenêtres associatives »

Entre le mois de mars et de juin 2017, j’ai suivi en tant que tuteur le travail de diplôme d’un étudiant de la HEAD en Master Media Design, Vincent De Vevey.

Il s’agissait de l’accompagner dans la conceptualisation et la réalisation d’une application mobile vidéo en 360°, intégrée dans une installation.

Le projet « Fenêtres Associatives » immerge le spectateur dans le travail d’engagement social, artistique et humanitaire d’associations d’entre-aide internationales basées à Genève.
Guidé par l’interview d’un porteur de projet, le spectateur découvre le contexte de l’action d’entre-aide à travers des informations, images et vidéos intégrées dans une vidéo en 360°. En tournant sur un tabouret, il peut alors découvrir sur l’écran d’un smartphone des contenus et des informations incrustées dans l’espace de l’interview.
Certaines de ces zones sont interactives et lui permettent de poursuivre sa navigation en fonction de ses envies.
Autour de lui, des vidéos qui réagissent aux mouvements du spectateur permettent aux autres visiteurs de l’installation de saisir les enjeux de ces associations d’entre-aide: entre ici et là bas, des fenêtres flottantes nous offrent une perspective sur un nouveau monde…

Maintenant que le travail de diplôme a permis de présenter un premier prototype déjà très satisfaisant et prometteur, nous allons tirer parti de l’opportunité de développer ce projet pour une présentation publique plus large.
Il est encore trop tôt pour divulguer le contexte de production et de présentation, mais ce billet entend partager un bout du chemin parcouru jusqu’à maintenant.

Questions et enjeux

Les enjeux conceptuels posés au départ étaient les suivants:

  • Comment « mettre en scène » un usage individuel d’une expérience en 360° / VR au sein d’un espace public ? En somme, proposer autre chose qu’une retransmission « plate » de ce que voit la personne qui gesticule bizarrement, la lunette VR sur la tête… Comment créer une situation où les spectateurs sont partie prenante d’une expérience commune ?

    Seriously ?

  • Trouver un bon équilibre entre une narration guidée et protégée (linéaire) et une expérience personnelle, basée sur l’interactivité (non linéaire). Est-ce que le cinéma, le jeu vidéo et l’usage du web sont « compatibles » au sein du contexte d’un média rassembleur ?
  • De manière complémentaire au point précédent, trouver un bon équilibre entre des informations factuelles, à travers une approche objective, et des narrations au potentiel émotionnel, à travers une approche subjective, poétique. Est-ce imaginable de proposer une expérience qui allie l’identification (immersion dans un contexte émotionnel artificiel, avec suspension momentanée de son propre jugement) à l’interprétation d’informations (mise à distance des informations les unes par rapport aux autres, à travers l’activation de son propre jugement) ?
  • Comment « monter » des contenus (images, vidéos, textes) dans un espace 360° et non pas dans une timeline, comme on a l’habitude de le faire ? Le cinéma et la vidéo sont un médium basé sur le temps (une image après une autre, dans l’espace de l’écran), alors que l’expérience proposée dans un espace 360° demande une maîtrise de l’espace également.
  • Comment prendre en considération le flux du web au sein d’une navigation personnelle qui peut se partager à la sortie de l’expérience ? En somme, de donner une place plus importante au spectateur dans le cadre du dispositif: le monde n’est plus le même après son voyage. La question du partage est primordiale, encore plus pour des projets qui ont une vocation de susciter l’engagement actif du spectateur…

Comme on peut le voir, il y a beaucoup de questions à résoudre. Des questions spécifiques, en provenance des champs du journalisme, des expressions artistiques (cinéma, art plastique), de la communication et du design…

Aussi passionnantes qu’elles soient au niveau théorique, ces questions ne trouveront sans doute pas de réponses aussi claires que le cinéma, la photographie ou le théâtre ont pu apporter comme carburant sur les chemins créatifs de l’Homme.
Sans doute parce qu’in fine, les possibilités technico-artistiques liées à l’informatique posent des questions plus profondes: sur le modèle économique (comment créer une chaîne de valeur captive), sur le relationnel (entre le spectateur et l’auteur; entre l’individu et le monde) et sur la transmission (partage de la valeur, lâcher prise de la maîtrise d’un objet, qu’il soit artistique ou de connaissance)…

Il y avait aussi des enjeux techniques à résoudre:

  • Le workflow technique, de la caméra 360° à la diffusion n’est clairement pas encore établi; il faut donc trouver les bons outils et méthodes pour arriver efficacement à un résultat partageable sans trop perdre de temps et de qualité. Pour arriver à intégrer une interview « augmentée » au sein du dispositif, il faut une bonne semaine de travail en jonglant avec une multitude d’outils différents.
  • Au niveau caméra 360°, il n’existe pas encore d’appareil qui se positionne sur le segment semi-professionnel: il fallait donc se résoudre à bricoler avec du matériel grand public pas très précis et fiable.
  • Bien que la plupart des applications de montage supportent les vidéos 360°, il n’existe pas encore d’application qui permet la création de projets adaptés à ce nouveau support (si on peut parler de support…). Nous avons choisi d’utiliser l’application WondaVR développée par un studio parisien, pour des raisons de facilité, au détriment de la créativité. En effet, bien que leur solution est déjà sur des bonnes bases, on doit entrer dans une « philosophie » de type de projet VR qui ne correspond pas à ce que nous souhaitions développer. Cette application permet de créer une expérience héritée de la pensée CD-ROM, où une arborescence définie une fois pour toute propose un usage cadré et maîtrisé.

La suite

Ce qui nous attend maintenant, c’est de résoudre les questions suivantes:

  • Mettre en place un environnement de développement propice pour une liberté de création plus adaptée aux besoins et envies du projet. Nous sommes en train de tester une intégration de Unity au sein d’un workflow qui allie postproduction vidéo classique (After Effects, Première) et développement informatique (jeux vidéo, applications mobiles et web). Nous avons déjà démarré une collaboration avec David Hodgetts et allons avoir des premiers résultats cet été.
  • Mettre en place la logistique de production et de diffusion: rédaction d’un dossier, budget, trouver des partenaires de présentation, lever du financement.
  • Le prototype présente deux associations; il s’agit d’en ajouter plus dans les mois qui viennent, tout en faisant évoluer les premières vidéos au sein d’une expérience améliorée.
  • Et aussi, de voir si et comment on peut intégrer notre plateforme de création d’expériences vidéos Kura au profit d’un usage plus personnel, vivant et évolutif des vidéos au sein du projet.

Voici une vidéo de présentation du prototype présenté dans le cadre du diplôme à la HEAD, réalisé en juin par Vincent.

La présentation du projet en quelques mots:

Le projet « Fenêtres associatives » présente des interviews d’acteurs d’associations solidaires Genevoises. Découvrez à travers ce reportage vidéo en 360 les actions menées par l’association de soutien au théâtre des intrigants du Congo, ainsi que l’association Solférino des étudiants de l’ECG Henry Dunant de Genève. Cette installation vous permet de suivre de manière interactive ces histoires et des projections vidéo synchronisées avec l’usage de l’application smartphone.

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