La petite maison dans la Comet

J’ai passé une bonne partie des dernières années à écrire sur des concepts (à concrétiser) et des idées (en cours de réalisation). Le potentiel et les promesses liées à ce que je voudrais partager avec le monde sont tellement fortes, que je ne peux toujours pas attendre que « la chose » soit là, matérialisée sous forme d’une application mobile ou de projet digital.

Les mots, mis en appétit par le potentiel, prennent de vitesse tout le reste, se lient aux promesses…
Et atterrissent ici sur mon site.

Du coup, je continue avec mes projections de mots: cette fois ci, avec l’histoire d’une petite maison dans la Comet.
Toute ressemblance avec une histoire existante n’est que pure coïncidence.

Pourquoi vendre la peau de l’ours avant de l’avoir pêché ?

D’une part, parce que je ne peux pas me résoudre à attendre les bras croisés que notre embarcation soit enfin prête à prendre le large (je suis plus un pêcheur qu’un constructeur de bateau).
D’autre part, l’envie de partager les possibles et de mettre en jeu mes hypothèses sont toujours plus fortes que ma patience (sur ce point, je ne suis pas un pêcheur).

Et surtout, parce que j’ai de plus en plus la conviction que l’on « dépense » (on pourrait aussi dire « investit ») la majeure partie de son énergie de vie pour partager une vision, semer des valeurs, propager des idées, projeter une utopie.

Cette conviction est-elle le reflet d’une idée naïve, une utopie qui restera mirage ?

Sûrement quand on voit le monde matériel autour de nous;  moins sûrement quand on regarde nos enfants dans les yeux.

Ce n’est donc pas tant la peau de l’ours qui m’intéresse.
Ni l’ours – même si, comme un enfant, je les aime bien.

De quoi, de qui suis-je le pêcheur alors ?

Pour être moins vague, remettons les pieds sur terre, en route pour la petite maison au creux de la colline verte.

La Comet finira bien par embarquer la petite maison dans son mouvement, pour lui faire découvrir les étoiles.
A moins que ce soit la petite maison qui accueille la Comet, en laissant juste sortir sa queue mouvementée par la cheminée, comme un flux de fumée…

L’essentiel se trouve dans les étoiles

Ce qu’il y a de beau avec l’écriture, c’est que l’on peut pointer sur l’essentiel, directement.
Cependant, le fait d’inscrire en noir sur blanc les choses essentielles ne les rend pas pour autant accessibles, désirables, compréhensibles…
Des détours, de l’attente et du suspens – ce que l’on appelle une histoire -, il faut.

À défaut de pouvoir donner à vivre une expérience (à travers l’usage d’une application mobile, par exemple) pour apprendre quelque chose, pour être touché émotionnellement ou pour ouvrir son horizon d’attention, je cherche donc dans l’écriture le véhicule de substitution passager pour partager une énergie, des idées et des images.

L’écriture pour poser une histoire qui fait voyager: les mots sont alors comme des cailloux placés le long de la route. On se souvient de quelques cailloux seulement s’il nous est possible de vivre l’histoire à travers un équilibre précaire d’effort de l’attention et de laisser aller de ses attentes…
Une fois que les émotions sont au rendez-vous, la mémoire jubile: les cailloux s’inscrivent de manière durable, mais ne restent pas cailloux. Ils deviennent les portes paroles de ce que nous avons vécu…

Ce billet, qui peut sembler partir dans les étoiles (ou les plates bandes, selon l’angle du regard), est une tentative de poser mon attention sur ce qui est important pour moi dans le projet que nous menons actuellement avec Memoways: la construction d’une petite maison nommée Kura comme base de lancement de Comet, une expérience vidéo personnalisée.

Parfois des images en mouvement sont plus directs qu’une brochette de mots: une Comet qui enfante un arbre, qui lui à son tour devient étoiles…
Cette boucle résume à elle seule la promesse de notre petite maison dans la Comet.

Pour rencontrer plus concrètement ce qui se cache derrière cette promesse, la boussole de ce billet doit maintenant retrouver son pôle: la vidéo.

Chacun cherche son histoire

Pour regarder une vidéo sur Internet, il faut à priori avoir appuyé sur le bouton « play ». Comme au temps des cassettes vidéos, on charge une vidéo dans le lecteur et on la regarde. Puis une autre, et encore une autre, et ainsi de suite: juste en les sélectionnant, c’est magique, ça « joue » (l’autoplay est une grande invention).

Mais en fait, à l’origine de cette vidéo qui s’offre à nos yeux, il y a quelqu’un, quelque part, qui a voulu nous dire quelque chose.
Son histoire, son message, c’est ce qui est inscrit dans la vidéo – et on peut le découvrir en cliquant simplement sur play.
Autant c’est pas compliqué de voir l’histoire une fois qu’elle est là, autant c’est toute une histoire de trouver la bonne, d’histoire.

Pour trouver son histoire parmi toutes les vidéos existantes (leur nombre ne cesse de croître exponentiellement), le titre de la vidéo joue le rôle de porte parole de l’auteur. Parfois, le titre nous donne envie de voir les commentaires, ce qui entrouvre un peu plus la porte vers la promesse.

Malheureusement, dans les faits, le porte parole est totalement dépassé.
Trop de personnes (l’équipe des auteurs) qui crient en même temps sur une place de marché (organisée par l’équipe de la plateforme vidéo) perturbent l’expérience (pour l’équipe des visiteurs / spectateurs).

On ne change pas une équipe qui gagne

On essaye ?

Nous voici sur une place de marché en été, pleine à craquer de beaux produits, où chaque vendeur alpague le visiteur chaland avec des slogans plus forts les uns que les autres.
Abasourdi, le chaland titube vers le stand le plus proche et achète des saucisses, alors qu’il est venu chercher des légumes. Heureusement, comme les vidéos de chat, les saucisses c’est pas forcément mauvais. Alors on avale.
Et comme il y a tellement de bruit, notre chaland peut juste échanger quelques onomatopées avec des connaissances un peu au hasard, sans vraiment pouvoir discuter « le bout de gras » de manière plus soutenue.
Heureusement que la communication entre les humains passe aussi par des échanges de regard. Alors on regarde, avec des 😉 à tout va.

Les marchés ont commencé à interdire la vente à la criée pour améliorer ce que l’on pourrait nommer « l’expérience utilisateur ». Que fait donc notre équipe de la plateforme vidéo pour ne pas saturer le spectateur et continuer à mener le bal ?

Pour amener automatiquement les bons stands vers le visiteur que l’on suppose flemmard et lui recommander ce qu’il pourrait bien consommer sur base de ce qu’il a mis dans son frigo au fil des dernières années, le marché digital a inventé le porte monnaie intelligent: un algorithme.

C’est la réponse hyper industrielle à la solution artisanale qui était en place jusqu’à maintenant: pour aller au marché et trouver des bons légumes, il fallait se déplacer au centre ville le samedi matin. Et naturellement au cinéma dans la foulée, ou le soir après l’apéro.
Mais comme aujourd’hui il y a la possibilité d’acheter ses légumes entre deux courtes vidéos à partir de sa chaise, à 2 heures du matin, avec le chat qui ronronne à ses pieds…

Heureusement que les marchés et les cinémas font encore le plein: tourisme et multiplexes avec blockbusters en sont les principaux moteurs.
Alors on se sent rassuré.

Sur la ligne d’arrivée, quelle est donc pour vous l’équipe qui gagne:

  • Le club de moins en moins select des auteurs ?
  • Le magnétoscope virtuel et la plateforme de marché bien réelle qu’est le lecteur vidéo dans le navigateur ?
  • Les hordes de spectateurs qui consomment de plus en plus de vidéo, partout et en tout temps ?

Pour continuer à se sentir rassuré: c’est bien toujours la même équipe qui gagne (sur le mode du « winner takes it all« ), même si la couleur du maillot et les sponsors ont changé.

Mais ce n’est pas une fatalité !

Ne pas avoir les boules et convertir son cri en chanson

Je ne me suis pas mis à boire du pastis en jouant à la pétanque avec des réactionnaires du « c’était mieux avant », pas plus que je me suis mis à fumer l’herbe de notre colline verdoyante en mode peace and love.
Je n’ai rien contre les algorithmesau contraire.
Je n’ai rien contre une mémoire sans limites, de contenus nous déborderont toujours plus – au contraire.

Simplement, j’ai de la peine à voir disparaître cette expérience de place de marché à taille humaine, où l’acte d’achat est intimement imbriqué avec des (inter)actions sociales et un sentiment d’appartenance, même momentané, à un contexte.
J’adore les festivals de films pour ça.

La question est donc pour moi: comment redonner une place de choix (choisie, donc) à ceux qui produisent, et un rôle de partie prenante à ceux qui reçoivent, en réduisant l’importance de l’entité qui régule les échanges ?
En somme, de rééquilibrer les rapports de force entre les auteurs, les plateformes (YouTube etc) et les spectateurs.

Ce billet, je l’ai écrit avec de la musique sur les oreilles.
J’ai la sensation que des réponses aux questions posées ci dessus vont nous être amenées par ce que la musique nous offre: un espace de liberté, où l’on est en même temps guidé par une ambiance, un rythme et où l’on peut choisir son parcours…
Mais pas que: des initiatives pour trouver un équilibre plus sain se développent sur des collines environnantes, pour contrebalancer l’effet « trou noir » des grandes plateformes.
Je peux en citer deux en exemple, parmi d’autres: Patreon et 1D Touch.

Pour ne pas trop rallonger ce billet (et pour mettre un peu de piment dans la saucisse que vous pourrez déguster au prochain passage ici), je réserve quelques pistes de réflexion plus concrètes pour un billet à venir.

Du haut de l’échelle on ne peut qu’avoir le vertige

Le ciel au dessus de notre petite maison est criblé d’étoiles, en grande partie devenues écume laiteuse à force de se faire sillonner et brasser par les routes des avions. Entre l’écume, des vagues de clignotements, la pulsations de nouveaux zodiaques.
Le tout à une échelle qui nous dépasse.
Pourtant, on en veut encore plus, on veut en être, même si on sait que vivre sur Mars n’est pas donné à tout le monde…

Inutile d’aller chercher notre Comet dans un ciel aussi chargé – c’est un peu comme vouloir trouver une aiguille dans une botte de foin, ici bas.

Alors on regarde sous l’horizon, plus près de nous, à notre échelle.
La petite maison, juste là.
De la fumée sort toujours de sa cheminée: est-ce que notre Comet y aurait trouvé refuge ?

Il est temps d’en venir au cœur de ce billet.

Ouvrons la porte de la petite maison.
En passant, avant d’entrer, on vérifie juste que l’on est bien à la bonne adresse: c’est marqué famille Kura.

Au centre de la seule pièce, une grande cheminée.
Bizarrement, d’un coup, la petite maison est devenue immense: les parois se sont dilatées, mis en mouvement par une lumière forte qui repousse l’obscurité des murs au delà de leur limite physique.

Allongée comme sur un divan, notre Comet se repose tout en racontant une histoire à une foule de petits aimants posés en cercle, face à la chaleur narrative de la Comet.
Le flux lumineux de son histoire part en fumée, tranquillement vers le haut, par la cheminée.
À moins que ce soit l’inspiration de la suite de l’histoire qui vient comme à l’envers, nourrir le verbe de la Comet ?

On se pose alors discrètement dans l’assemblée, pour regarder, pour écouter.

Quelle est cette histoire, et quelle est cette assemblée d’aimants ?

Les aimants du player neuf

Peut-être une histoire d’amour, impossible et bien belle… peut-être une histoire de famille, difficile et tendre… peut-être une histoire de fuite, inutile et pourtant nécessaire…

Ce qui est sûr: on est plus sur une place de marché. Ici, plus de chats qui mangent des saucisses.

Ce qui est presque sûr: les aimants bougent, comme des danseurs qui flottent un temps de manière inerte sur place, pour d’un coup faire un saut brusque vers d’autres aimants. Cela se passe tellement vite, que l’on peut avoir rêvé… Mais en regardant plus précisément les groupes d’aimants, on est bien forcé de constater qu’il y a des changements de temps en temps.

Ce qui n’est pas si sûr: les mouvements ponctuels des aimants sont en relation avec le déroulé de l’histoire, sa mécanique intime et le rythme de sa respiration. A moins que ce soit l’inverse: c’est les aimants qui, dans leur mouvement, redirigent l’histoire dans une nouvelle direction, par un jeu d’aiguillage qui botte en foin…
Pour sûr, ça pique notre imaginaire.

Ce qui se dessine, petit à petit: des traces articulées sur le sol, héritage des mouvements des aimants. Ce traces racontent quant à elles aussi des histoires, si on y regarde de plus près.
On peut suivre une trace, remonter le fil d’un des fragments de l’histoire d’amour, qui prend dans la foulée le pont de la fuite, la famille étant pavée pour ne jamais rester silencieuse…

Au centre de la pièce, la Comet reste tranquillement allongée en racontant la suite de son histoire. La fumée continue de vivre sa vie, les aimants font leur spectacle qui ne se voit qu’à travers les traces laissées au sol.

En sortant de la petite maison, on s’aperçoit que dans sa poche se trouve la confirmation de que l’on vient de vivre sous forme d’un billet.
Cela constituera le souvenir, la mémoire de ce moment.

Comet téléphone maison

Nous sommes enfin arrivés au bout de notre histoire.
Il s’agit maintenant de rentrer à la maison, le billet dans la poche.

Sur le verso du billet, on peut découvrir un message:

Ce n’est pas tant l’histoire qui importe, mais son contexte, son échelle, son évolution au sein de notre propre mouvement à travers le ciel étoilé d’histoires multiples et déroutantes.

Sur mon stand du marché à billets de blog, il n’y a j’espère pas eu que des vertes et des pas mûres pour les quelques chalands qui s’y sont attardés.
Bonjour et merci, lecteur qui a tenu jusqu’à ici.

Notre produit principal, lui, n’est pas encore tombé de l’arbre (le printemps doit encore le faire mûrir): la promesse du fruit est tellement délicieuse…

Je vous remet la petite animation de l’arbre à Comet pour boucler cette histoire.
Je m’inspire des enfants, qui relisent plusieurs fois les mêmes livres ou revoient plusieurs fois le même film – on ferait bien de plus faire comme eux: jouer, et rejouer.
Et chercher les étoiles dans la cheminée de la petite maison sur la Comet.

Pour la petite histoire, je l’ai découverte sur le marché du livre des visages, sur l’étalage d’une amie…

ps: c’est quand même le comble qu’un long billet sur l’expérience vidéo dans le navigateur n’utilise que des gifs pour amener des images en mouvement…


Also published on Medium.

Laisser un commentaire